“C’est qu’au fond il n’y a qu’une seule race : l’humanité.” Jean Jaurès

8 juillet 2018
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Monsieur le Président de la République,

Vous avez engagé une révision constitutionnelle. Dans ce cadre, l’association que je préside souhaite porter  à votre connaissance la proposition suivante de modification de notre devise nationale, à savoir,

                                      « Liberté, Égalité, Humanité »

Il nous paraît essentiel d’ancrer l’égalité de genre affirmée dans la Constitution de la Vème République dans des symboles qui rassemblent et s’adressent à tous sans exception, et qui participent également au rayonnement de la France.

A la suite de la proposition du Haut Conseil à l’Egalité d’adopter le terme de ”droits humains” à la place de “droits de l’homme”, l’Assemblée des Femmes de Paris-Ile de France se positionne en faveur du remplacement du nom “fraternité” par “humanité” dans la devise nationale. Repenser la devise nationale, c’est contribuer à ce que la République soit à la hauteur des principes qu’elle proclame.

Faire se succéder les termes “Égalité” et “Fraternité” est, en soi, antithétique. L’égalité se veut ainsi inclusive quand la fraternité est un terme exclusif. La France ne peut se revendiquer comme la patrie des droits humains, des droits universels si un tiers de notre devise oublie la moitié de sa population.

Tout d’abord, étymologiquement, “fraternité” est un terme qui n’est pas absolu. En effet, il vient de  fraternited « lien existant entre personnes ayant des relations fraternelles » (G. GAIMAR, Hist. des anglais, éd. A. Bell, 4335), lui-même emprunté au latin fraternitas « confraternité; relations entre frères ». Par-là, la fraternité serait l’union des frères, des hommes, par opposition aux autres genres.

Apparue à Haïti pendant la révolte des esclaves sous la Révolution française puis remise au goût du jour en 1848 et finalement inscrite en 1880 sur les frontons des établissements publics, la devise française devait initialement être « Liberté, Egalité, Fraternité ou la Mort ». Les 3 derniers mots disparaissent et le terme “fraternité” est déjà le sujet de nombreuses critiques, notamment les évocations religieuses chrétiennes sous-tendues. En outre, cette devise a vu le jour et s’est implantée à une période où l’action politique tout comme les domaines intellectuels étaient monopolisés par les hommes, à l’image de l’époque des Lumières ou de la Révolution qui s’illustrent comme des épisodes à dominante masculine très forte. La moitié de la population française était alors exclue des sphères politiques; les femmes obtiendront le droit de vote et d’éligibilité quasiment 200 ans plus tard, en 1944.

La notion d’humanité appelle au dépassement des caractéristiques particulières pour se hisser à l’échelle de l’universalité. Cette universalité va au-delà même des frontières nationales, et donne ainsi une idée des valeurs diplomatiques, politiques et intellectuelles revendiquées par la France. En désignant la société dans toute sa diversité, cette notion a l’ambition d’effacer les traces des privilèges passés ou présents, des écarts qui ont pu “dévaluer” la place, le rôle d’une partie/de la moitié de la population.

Le genre, le sexe, l’ethnie, la religion, l’orientation sexuelle, les traits physiques ne sont plus des critères de différenciation. L’humanité, plus large et englobante que la fraternité, inclut pleinement toutes les identités de genre dans la communauté citoyenne.

« Chaque humain » devrait montrer que l’appartenance biologique au genre humain est l’unique critère à satisfaire, pour qu’un individu puisse prétendre au respect de ses droits

Faire partie du même groupe, l’humanité, implique que tous les citoyens et toutes les citoyennes sont semblables, et par conséquent, égaux. C’est sur le fondement de l’égalité que s’établit le respect, que se tissent des liens (d’interdépendance) entre les individu.e.s et se constitue une véritable communauté.

De plus, l’”humanité” apparaît comme une valeur morale, fédératrice d’une communauté centrée sur la bienveillance, l’acceptation et l’inclusion.

Nous vous remercions, Monsieur Le Président, d’avoir bien voulu mettre en œuvre cette révision constitutionnelle et nous espérons que vous comprendrez notre désir de vouloir qu’elle soit l’occasion d’un changement législatif vers une égalité réelle entre les femmes et les hommes en France.

Dans cette attente, nous vous prions d’agréer, l’expression de notre très haute considération.

La Présidente

Françoise MORVAN

Assemblée des Femmes de Paris – Ile de France – 15 rue Jacques Louvel Tessier 75010 Paris

 

 

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